Manifeste pour la décroissance démographique   

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(texte rédigé par deux doctorants en philosophie de Montpellier : Michaël Achilli et Cyril Arnaud)

 

 

Décroissance démographique

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Manifeste pour la

décroissance démographique

 

 I

 

            1          Nous parvenons à une situation inédite dans l’histoire de l’écologie

           

            2          Auparavant, la pollution était un phénomène plutôt local, ou au maximum régional : un lac était souillé, une forêt abattue. L’indifférence par rapport à ces problèmes locaux, prévalente dans l’opinion publique, si elle est condamnable, était encore compréhensible : ils n’affectent que les riverains du lac, les habitants de la forêt : l’égoïsme avait encore un sens.

 

            3        Les rejets massifs de CO2 et de CH4 entraînent une élévation anormale de la température en modifiant la fonction de l’atmosphère, et constitue un phénomène qui présente ce signe particulier qu’il est la première pollution générale, affectant le monde entier. L’égoïsme n’a alors plus de sens.

 

            4         Cette élévation, de 2 à 6°C, voire plus au 22ème siècle, va transformer d’entières régions du monde en véritables fournaises, précipiter la disparition d’espèces animales, désorganiser l’ensemble de la chaîne écologique de manière abrupte et durable.

 

            5         Dès aujourd’hui, on estime que la vitesse de disparition des espèces animales est comparable à celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années.

 

             6        Or il a été déterminé que pour maintenir cette hausse de température à deux degrés "seulement", il faudrait diviser par deux au niveau mondial les émissions de gaz à effet de serre – dont les CO2 et CH4 – et par quatre pour les pays industrialisés riches, principaux pollueurs. 

 

            7         Or on sait qu’au contraire, la tendance mondiale est à l’extension de la classe des pays pollueurs, avec le développement, entre autre, de la Chine, de l’Inde et du Brésil. Lorsqu’un milliard de vélos chinois seront remplacés par un milliard de voitures, que fera-t-on ?

 

            8         La tendance est donc plutôt que les émissions de CO2 et de CH4 se multiplient par deux dans les cinquante prochaines années, plutôt que se diviser par deux.

 

(vous pouvez voir des graphiques représentant l'évolution du CO2 et du CH4 dans la page "Images commentées")


  

             9       Face à cette impasse, quelles solutions ?

 

 

 II

            1          Deux solutions sont traditionnellement proposées – deux utopies.

 

            2          Pour la première, de type scientiste pour ne pas dire technologiste, l’homme parviendra à découvrir au bon moment (celui du réchauffement) un procédé technologique permettant d’enrayer le phénomène de serre. Ainsi on parle d’un bouclier spatial qui protègerait la terre du soleil, ou encore l’idée de stocker le CO2 (mais pas le CH4 !) au fond de l’océan ou ailleurs…

 

            3          A cela il faut objecter que :

 

                        -Premièrement, nous sommes au moment du réchauffement, c’est donc maintenant et pas dans cinquante ans qu’il nous faudrait faire cette découverte, or nous sommes très loin d’être en mesure de construire un bouclier spatial ou des "puits de carbone", et aucune solution n’est à l’heure envisageable pour le cas du méthane (CH4).

 

            4          -Que d’autre part cela repose sur un optimisme démesuré qui fait coïncider la chronologie du développement de l’esprit humain (l’évolution historique de l’intelligence), avec le cours des événements historiques. L’idée que l’homme peut découvrir un procédé technologique combattant ce phénomène est un optimisme raisonnable ; c’est un optimisme insensé que de considérer qu’il sera découvert « à point nommé », au moment même où il nous sera indispensable. En fait, il pourrait être découvert dans cinquante ans – c’est-à-dire trop tard – ou tout simplement pas du tout !

                        -Enfin il est irresponsable d’engager l’avenir de l’humanité sur un pari, qui comme tout pari peut être perdu, celui de la découverte d’une telle technologie. A vrai dire, jamais le sort de l’humanité ne s’est encore joué de cette manière à pile ou face.

 

             5         La seconde solution, tout aussi utopiste, est celle proposée par l’avant-garde des écologistes, qui prône la décroissance technologique. Ainsi il faudrait s’habituer à ne plus chauffer nos habitations mais se vêtir d’anoraks, interdire la voiture pour les déplacements inférieurs à une vingtaine de kilomètres, et s’éclairer autant que possible à la bougie (ou tout simplement au soleil), avant d’utiliser l’électricité.

 

            6          A cela on objectera que : -premièrement, il faut distinguer une approche idéaliste et une approche réaliste des hommes. Selon l’approche idéaliste, donc utopiste, l’homme peut devenir responsable, il suffit de l’éduquer aux problèmes environnementaux pour qu’il se mette à respecter son environnement. L’approche réaliste que nous adoptons consiste à constater que, depuis les années 1970 le discours écologiste a germé et s’est répandu dans l’opinion publique, mais rien n’a changé : l’homme est devenu plus pollueur encore qu’il y a trente ans. Il est donc vain de parier sur le fait que l’homme futur arrêtera de se chauffer et s’éclairera à la bougie, car l’homme est irresponsable dans sa globalité.

 

            7          Deuxièmement, même si cela était possible, cela ne ferait que diminuer la part de pollution que tout homme, en tant qu’il est homme, entraîne de par sa propre existence. La part restante serait encore trop élevée pour désamorcer le processus du réchauffement.

 

 III       

 

            Face à ces deux solutions, nous en proposons une troisième, que nous n’avons pour notre part jamais encore entendu dans le débat public (mais peut-être a-t-elle déjà été conceptualisé ailleurs ?) : la décroissance démographique, et non pas technologique.

 

            1          On remarque un rapport encourageant entre le degré de technologisation d’un pays et sa démographie, son taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre d’enfants par femmes : plus un pays accède à un haut degré de technologie, (donc pollue) plus le taux de fécondité est bas.

 

2          Tout se passe comme si la population avait alors une conscience implicite de la nocivité de son interaction avec le milieu et donc freinait d’elle-même sa prolifération. Le meilleur exemple est le Japon, qui va connaître une réduction drastique de sa population dans les années à venir, tout en étant peut-être le pays où se rencontre le plus d’innovations technologiques. Etats-Unis, France, Allemagne, …connaissent aussi des taux de fécondité très bas. 

            3          Néanmoins un problème apparaît : dans la plupart des pays industrialisés, il n’y a pas en moyenne de décroissance, mais une stagnation. C’est une décroissance que nous appelons de nos vœux. Pourquoi ?

 

            4          Car, en écho au point 2/6/ (idéalisme contre réalisme), plutôt que de mettre au monde un homme auquel on va devoir  répéter toute sa vie d’adopter un comportement « écologiquement correct », exigence à laquelle il n’obéira pas du fait du postulat de l’irresponsabilité de l’homme, (et même s’il y obéit, cela sera inutile, du fait du point 2/7), pourquoi ne pas examiner la nécessité précisément de sa « venue au monde », et opérer un retour critique sur celle-ci ?

 

            5          dans un monde aux ressources infinies et où les lois de la matière seraient telles que son utilisation technologique ne génère pas de nuisance pour l’environnement, toute naissance serait naturellement un événement heureux en soi. Dans un monde, le nôtre, où chaque naissance ajoute un clou supplémentaire à l’état général du monde, où cette fleur qu’est l’espèce humaine se déploie au prix de la désertification et la désolation du terrain qui l’entoure, il nous faut alors poser cette loi : la naissance d’un homme ne sera dorénavant un événement heureux que si la démographie humaine devient un événement maîtrisé, responsable.

 

            6          ce n’est donc pas l’idée absurde de la fin de toute natalité que nous demandons, mais celle d’une démographie responsabilisée.

 

            7          Pour que la vie telle qu’elle s’opère dans les pays industrialisés soit possible dans les cinquante prochaines années, il faudrait que la population mondiale baisse par exemple de moitié, c'est-à-dire que nous soyons quatre milliard en 2060 (cela représenterait environ la population mondiale de 1970). Ce serait le cas si nous étions tous japonais. Au lieu de cela, nous serons 12 milliards, 9 milliards selon les prédictions les plus optimistes.

(Vous trouverez dans la page "Images commentées" un graphique représentant l'évolution de la population depuis 2000 ans)

 

 

 

            8          Les pays en voie de développement connaissent certes une baisse régulière de leur taux de fécondité, mais elle n’est pas assez rapide par rapport à ce que l’état général du monde exigerait. A moins d’interdire en effet, de manière absurde et injuste, à ces pays d’accéder au même degré de technologisation que nous, il nous faut imaginer ce que sera un monde comptant 9 milliards de voiture…

 

            9          C’est le Sud et l’Orient qui sont particulièrement caractérisés par le phénomène de la prolifération. Néanmoins, il faut noter que l’Occident produit la majeure partie de la pollution, malgré la faible quantité de sa population par rapport à la population mondiale. Ainsi si un africain consomme en moyenne 6L d’eau par jour, un européen en consomme 200L, et un américain 600L. Les rejets de CO2 et surtout de CH4 doivent respecter les mêmes proportions. Aussi le degré de fécondité de la France ou des Etats-Unis, autour de 2 enfants par femmes, revient-il finalement au même que celui du Congo (6 enfants par femme) quant à la nuisance générale environnementale, même si cette nuisance ne se fait pas sur le même plan (famine, pompage des nappes phréatiques etc.).

            10        C’est donc presque une égalité de nuisance que les pays du monde partagent. Le principe est : tous coupables. A cela, quelle solution ?

 

 

 IV

            1          Il règne là encore une utopie parmi ceux qui s’intéressent aux questions démographiques : ils pensent souvent (et nous en faisions partie) que la natalité chute d’elle-même par un processus naturel, et qu’il n’y a donc pas à faire un manifeste pour réclamer ce phénomène, celui-ci étant déjà à l’œuvre, mais sans que l’on s’en doute.

 

            2          A cela nous objectons – premièrement, qu’ils projettent un phénomène occidental sur le reste du monde. C’est en effet la technologisation et la baisse du sentiment religieux qui a permis en Occident  une telle décroissance. Or ce degré de technologisation manque aux pays en voie de développement, et on sait combien la religion y est prégnante. Il se pourrait même qu’avec les phénomènes de radicalisation religieuse, le taux de natalité remonte ; en tout cas qu’il ne suive pas la même pente que la nôtre. L’adage « mêmes causes mêmes effets » ne fonctionne pas ici du fait que les histoires et les cultures sont parfois très divergentes.

 

            3          D’autre part, même si ce taux de natalité chutait comme en Occident, il décroît de manière trop lente pour que la catastrophe écologique qui se prépare soit évitée. Il faut donc hâter cette décroissance naturelle inconsciente en portant sa nécessité et son enjeu à la conscience. C'est très précisémment ce que nous souhaitons opérer par l'écriture et la diffusion d'un tel Manifeste.

 

            4          Le but de cet appel est donc de parvenir à une réduction de moitié du taux de natalité quel qu’il soit – dans tous les pays –, dans une période infiniment plus courte que celle qui aurait été nécessaire en comptant uniquement, comme dans la transition démographique occidentale du siècle dernier, sur des causes naturelles et à l’insu de tous. C’est la volonté de l’homme qui doit maintenant entrer en jeu ; l’homme doit se faire existentialiste.

            5          Maintenant qu’est identifiée la fin à viser, quel moyen utiliser ?

 

 

  V

            1          Il faut tout d’abord que le facteur démographique entre, ou tout au moins prenne une plus large place dans l’analyse des faits politiques. Il nous semble que la politologie sous-estime en général l’importance de ce facteur dans ses analyses.

 

            2          Ainsi par exemple la démographie jette une lumière singulière sur le phénomène du néo-libéralisme. A l’époque de Marx, telle qu’il l’analyse dans le Capital, il y a un fort taux de natalité chez les ouvriers (comme c’est en général le cas chez les gens les moins fortunés). Cette prolifération, encouragée par l’Eglise de l’époque (« Croissez et multipliez-vous », nous apprend la Bible), sert les intérêts du patron. Comme beaucoup d’ouvriers cherchent du travail, et qu’il y en a peu (la demande est de beaucoup supérieure à l’offre), le patron peut faire jouer la concurrence entre les ouvriers et proposer des salaires très bas : il les exploite car ils sont suffisamment nombreux. Peut-être est-ce le phénomène qui expliquerait pourquoi nous appellons aujourd'hui certains pays "Ateliers du Monde" tellement le salaire des ouvriers y sont bas.

 

3          En revanche si le taux de natalité des ouvriers avait été faible, les ouvriers devenant rares, serait née une concurrence entre les patrons pour les embaucher (beaucoup d’offres d’emploi pour peu de demandes) ; pour les attirer dans son usine (au lieu qu’il aille dans celle d’un patron concurrent), le patron aurait proposé à l’ouvrier un salaire convenable. Marx n’a donc pas saisi, dans cette perspective, l’essence des mécanismes du libéralisme (l’exploitation de l’ouvrier) mais celle des mécanismes du libéralisme dans une situation démographique particulière ; si elle avait été autre, ces mécanismes auraient été tout autres. Pour améliorer le sort des ouvriers, il ne fallait alors pas inventer un nouveau système économique (le communisme), mais simplement prendre des mesures pour faire baisser le taux de natalité ouvrier.

 

            4          Ce qui apparaît donc, c’est qu’il est dans l’essence même du néo-libéralisme de pousser à un haut degré de natalité les classes défavorisées – et éventuellement dans un pays pauvre qui s’y prêterait particulièrement – , en ce que cela permet leur exploitation. Un faible taux amène au contraire à une diminution des inégalités de salaire, un « compactage » des différences de salaire.

 

            5          De même, la considération de la politique du point de vue démographique, donc écologique, amène à une analyse singulière du phénomène des flux migratoires. Si l’émigration – et son corollaire l’immigration – est un phénomène positif, du point de vue de l’émigrant, qui trouve de meilleures conditions de vie, et du pays d’accueil, qui trouve des "bras" supplémentaires, un phénomène vicieux du point de vue démographique vient affecter cette belle harmonie.

 

            6          En effet, si le pays interdit tout départ de sa population, comme dans la Chine communiste, alors il est obligé de parvenir à la maîtrise de sa démographie (d’où la politique de l’enfant unique). Il apparaît en effet un phénomène de cocotte-minute qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être responsables démographiquement.

 

            7          Dans le cadre de flux migratoires, en revanche, une liberté totale est laissée au taux de fécondité du pays ; puisque le surplus, l’excédent d’êtres humains ne trouvant pas de travail sur le pays de départ partira pour en trouver dans les pays d’accueil. Le phénomène de cocotte-minute ne peut jouer, ce qui libère l’autorité de la tâche de contrôler la démographie du pays.

 

            8          Démographiquement, écologiquement donc, le phénomène des flux migratoires constitue un phénomène négatif (ou plutôt est l’effet pervers d’un phénomène globalement positif).  

 

            9          Enfin, le taux élevé de fécondité est une des causes de la misère du Sud (il y en a évidemment plusieurs autres). En effet, l’aide humanitaire au lieu de porter cent habitants (par exemple) à un niveau de vie convenable, doit s’éparpiller entre mille personnes, qui ne voient alors leur pauvreté que se résorber très légèrement. Autrement dit : le niveau de vie des populations des pays du Sud s’élèveraient significativement, du seul fait d’une démographie responsabilisée.

 

            10        On le voit : l’analyse politique du point de vue démographique parvient à des résultats inédits, et une des premières demandes de notre manifeste consiste à l’appel de l’émergence d’une politologie prenant pour point de vue privilégié, sinon exclusif, la démographie, à partir duquel doit être analysé les événements du monde.

 

 

 

  VI

            1          Le second appel de notre manifeste, second moyen pour parvenir à la décroissance, consiste à interpeller la doxa – l’opinion commune –, pour qu’un tel facteur entre désormais dans ses considérations.

 

            2          En effet, lorsqu’on évoque le cas d’un homme qui aurait par exemple neuf enfants, l’opinion considère souvent cela comme un phénomène étonnant, ou cocasse, et est parfois même admirative. En fait, pour l’homme doté d’une conscience écologique, c’est là une véritable catastrophe, et c’est un sentiment de blâme qu’il éprouve pour le géniteur irresponsable.

 

            3          Un de nos buts est qu’un tel sentiment de blâme se généralise dans l’opinion, c’est-à-dire que l’homme en général, et non seulement les autorités, l’état, se responsabilise.

 

 

  VII

            1          Les deux obstacles à la décroissance démographique ont donc été identifiés : ce sont les religions, et le système économique libéral. On voit alors combien notre lutte sera dure à mener : nous devons lutter contre la religion, qui contrôle les esprits, et le système économique qui constitue le « squelette » de la vie sociale. Contre cela, une seule arme : la bonne volonté des hommes raisonnables qui liront ces lignes et adopteront les idées qui y sont exprimées.

 

            2          A la religion, nous demandons une prise de conscience du problème démographique, et qu’elle intègre le droit à l’avortement dans ses prescriptions morale. A l’époque de la naissance de Jésus Christ, il n’y avait sur terre qu’environ 250 millions d’individus ; nous sommes presque sept milliards aujourd’hui et les textes religieux ne peuvent pas tenir compte de cela. Etre pour le vivant, être « pro-life », c’est précisément essayer d’empêcher la catastrophe écologique qui se prépare. En ce début de 21ème siècle, les conditions et exigences réelles de la démographie ne sont plus les mêmes qu’aux époques de Jésus-Christ ou de Mahomet.

 

            3          Au libéralisme, que demandons-nous ? Souhaitons-nous le passage à un autre système économique ? La question revient à celle-ci : l’économie de marché est-elle possible dans un pays en décroissance démographique ? Puisque celle-ci devra bientôt atteindre un maximum infrangible, ne serait-il pas l’heure de penser au moins « non croissant » ?

 

            4          Pour l’orthodoxie libérale, cela est impossible puisque s’il y a de moins en moins de monde, il y a de moins en moins d’achats, puis chute de la consommation, donc licenciements dans les entreprises, donc chômage, donc encore moins de consommation, donc nouveaux licenciements, etc… La décroissance entraînerait un cercle vicieux qui ruinerait l’économie mondiale – c’est en tout cas une hypothèse très affirmée et dont l’antagoniste n’est simplement pas en vogue. D’autre part, l’orthodoxie socialiste ne peut non plus accepter l’hypothèse d’une décroissance démographique, car elle entraînerait un vieillissement de la population. Or qui paierait les retraites d’une telle masse de personnes âgées, s’il y a si peu de jeunes (puisque dans le système socialiste, ce sont les actifs qui paient la retraite des non-actifs, ce problème ne se posant pas pour les états libéraux) ?

 

            5          A cela, nous répondrons deux choses : -premièrement, même si la décroissance démographique doit amener une crise économique majeure, elle l’amènera, c’est-à-dire : mieux vaut une crise économique qu’une catastrophe écologique. Nous ne sommes plus en mesure de poser nos conditions à la manière dont la lutte contre le cataclysme s’opèrera. Nous n’avons plus de choix d’existence, c’est cela qu’il faut saisir : au-delà du « vivre ensemble », c’est véritablement la question du « survivre ensemble » qui deviendra prégnante. De plus, il est tout à fait probable qu’une crise écologique intense provoquera de toute façon une crise économique tout aussi intense.

 

            6          Deuxièmement, le problème des retraites peut être résolu en adoptant le modèle américain sur ce point : chacun épargnera pour sa propre retraite, au lieu d’investir son argent dans des divertissements inutiles (voyages en Indonésie…) lors de sa jeunesse. Bien entendu, un certain nombre de déviances financières devront être évités pour ces fonds.

 

            7          Enfin, voilà un appel aux économistes : plutôt que chercher à saisir les lois du monde économique actuel, dans la situation démographique que nous connaissons, qu’ils cherchent les lois d’un monde économique élaboré sur la base d’une démographie décroissante ou au moins non croissante. Peut-être une partie du libéralisme serait-il encore viable dans ce nouveau modèle ?

 

 

  VIII

            1          On le voit donc, la politique abordée par la perspective démographique bouleverse tous les clivages politiques existants : par la déconsidération de l’immigration, par la réforme du régime de retraite, elle semble être de droite ; par la détermination du libéralisme (sous sa forme actuelle) et de la religion comme ennemis principaux, et son écologisme, elle semble être de gauche.

 

            2          C’est précisément un tel bouleversement qui nous fait croire que ce problème est le problème authentique de l’époque à venir.

 

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